FERMER
Benoît Lefeuvre

Benoît vit et travaille à Paris.
WEBSITE
DÉMARCHE
Benoît Lefeuvre collecte des matériaux photographiques à l’état d’obsolescence ou d’abandon. Ce glanage constitue le point de départ d’une requalification lente, menée à travers des opérations d’enfouissement, de détrempage et d’imprégnation. En associant des supports argentiques à la terre et à l’eau, il met en relation phénomènes naturels et processus photographiques : érosion, corrosion de l’iode et variations lumière interagissent avec la chimie des supports immergés ou ensevelis.
Le processus intègre des perturbations invisibles et partiellement contrôlées. Les altérations de la gélatine, précipités de colorants et proliférations organiques génèrent des formes instables, qui, une fois révélées, évoquent autant les cycles naturels que les mécanismes de la mémoire. À la manière de souvenirs enfouis puis réactivés, le support photographique laisse apparaître ses strates physiques et temporelles.
Les séries et installations de Benoît Lefeuvre maintiennent ainsi une tension entre désorganisation et création, contamination et régénération, mémoire et oubli. Elles mobilisent une écologie de la photographie où ressources naturelles et processus chimiques participent d’une même dynamique de mutation.
BIOGRAPHIE
Benoît Lefeuvre est un artiste plasticien autodidacte vivant et travaillant à Paris. Ses premières recherches en photographie expérimentale émergent durant ses études en design graphique, où il développe une réflexion centrée sur la mémoire et l’érosion du temps.
En 2021, il affirme sa démarche avec L’île d’Her, sa première exposition personnelle à la Galerie Aiguillage des Frigos de Paris, présentée également en extérieur à Dinard en 2022. Son travail est ensuite distingué lors de plusieurs prix d’art contemporain, notamment le Don Papa Art Program (2022) et le Prix ICART Artistik Rezo (2023).
En 2023, il présente Inventaire, une exposition personnelle réunissant cinquante œuvres dans un cabinet d’avocats parisien, et participe au festival d’arts et sciences Atmosphères avec Rhizomes, émergences de paysages. La même année, il est invité à une exposition collective à Richmond (États-Unis).
En 2024, il expose en duoshow à la Galerie du Crous et participe au salon Approche, dédié aux pratiques photographiques expérimentales avec la Galerie Porte B.
En 2025, il prend part à l’exposition collective Terres d’artistes à l’Espace Art Absolument, réunissant trois générations d’artistes autour de la terre comme matière et mémoire, aux côtés notamment de Jean Dubuffet, herman de vries et Richard Long.
Il fonde également le collectif EeZ0 avec quatre artistes aux approches photographiques expérimentales. Après une première exposition sur l’Île-Saint-Denis à l’été 2025, puis une seconde à la Galerie Porte B en 2026, le collectif est actuellement en résidence à La Capsule au Bourget, avec une exposition de restitution prévue à l’automne 2026.
TRAVAUX SÉLECTIONNÉS
Rooted
(2024 - 2025)
01.
02.
03.
04.
05.
06.
07.







La série Rooted est réalisée à partir d’images vernaculaires de paysages et de détails forestiers, glanées auprès d’anonymes sur internet. Elle met en relation la revalorisation de négatifs argentiques oubliés, et le fonctionnement de notre mémoire qui enfouit nos souvenirs au fil du temps, comme les racines des arbres et des champignons dans le sol.
Le choix d’un support en mycélium, partie souterraine des champignons, renforce cette exploration du souvenir en tant que processus organique. Un lien se tisse entre la forêt photographiée et la matière fongique aux fondations de celle-ci. Cette toile vivante de filaments blancs souterrains, souvent associée aux mystères des sous-bois, joue un rôle crucial dans l'équilibre de la forêt, où le mycélium noue des connexions subtiles entre les arbres, les plantes et le sol. Dans cet écosystème, il agit comme agent de décomposition, recyclant la matière organique morte et régénérant les nutriments essentiels pour la croissance des arbres.
Le mycélium est ici cultivé pour former un matériau composite à partir de copeaux de chanvre. Les panneaux sont ensuite séchés afin d'interrompre la croissance du champignon, fixant ainsi les propriétés durables, résistantes et écologiques du matériau. La gravure laser des photographies se fond dans l’irrégularité de la matière, et semble révéler des instants cachés sous sa surface. En se réappropriant des images oubliées issues d’archives anonymes, cette série leur donne une existence tangible, mettant en lumière leur nouvelle éclosion sous une forme organique et vivante.
Erosion
(2023)
01.
02.
03.
04.
05.
06.
.






Les sols constituent un élément vital de notre écosystème terrestre. Il y a en permanence, évolution et transformation de sa structure induisant des transferts de matière. Cependant, ces dernières décennies, la somme des activités humaines menace leur équilibre et accélère l'érosion des sols, facilitant l’infiltration des polluants. Cette pollution découle de multiples sources telles que les déchets industriels, les pesticides agricoles, les hydrocarbures et les métaux lourds. Ces contaminants persistent dans le sol entraînant des conséquences à long terme.
Ce projet met en exergue la pollution affectant la capacité régénératrice du sol qui accélère l'érosion, créant un cercle vicieux de détérioration environnementale. L’installation est présentée comme un site de recherche, composé de relevés d’empreintes du sol. Elles évoquent l’infiltration invisible des polluants sous terre, l’amalgame entre les composants du sol, là où tout élément semble influencer l’autre. Les matières organiques et les liquides artificiels se mélangent faisant écho à un imaginaire de la pollution chimique iridescente. Paradoxalement, une fois ces couleurs figées par la capture, les images pourraient aussi évoquer des coupes de roches.
Les fragments présentés sont issus de photographies argentiques prises dans une forêt en hiver. Aux pieds des arbres, l’appareil est dirigé vers le ciel, capturant les branches dénudées. Les négatifs sont ensuite enfouis sous terre et se métamorphosent pendant plusieurs semaines. Des motifs en rhizomes apparaissent entre l’altération de la chimie du film, les branches nues et les filaments blancs du mycélium. Ce réseau sous-terrain, racines des champignons, joue un rôle crucial dans la stabilité des sols face à l'érosion. En formant cet enchevêtrement, il contribue à maintenir son intégrité.
D’autre part, une propriété spécifique du mycélium a été découverte par le mycologue Paul Stamets sur sa capacité à détoxifier certains polluants contenus dans le sol. Des recherches se poursuivent pour imaginer comment ce réseau organique pourrait nous servir pour de futurs usages à grande échelle. Ce processus résilient donne à voir une des capacité régénératrice intrinsèque à la nature face à l’impact de nos modes de production.
Earthworks
(2022 - 2023)
01.
02.
03.
04.
05.
06.
07.







Earthworks évoque la terre localement en tant que sol, et également en tant que croûte terrestre à la surface de notre planète. En contact direct avec la vie végétale et animale, le sol est un support de vie, de mort et de transformation des matières organiques et minérales. Il se compose aussi de plusieurs couches, stockant des informations du passé, qu’elles soient humaines, environnementales ou liées aux autres êtres vivants.
Earthworks fait autrement référence au terme défini par Robert Smithson dans les années 60 pour désigner les installations en pleine nature utilisant la terre comme matériau principal. La photographie était le seul médium pour conserver une trace de ces œuvres éphémères in situ. Dans cette série, la photographie devient le support de création car la transformation n’a pas lieu dans le paysage mais sur le support photosensible lui-même. Des pellicules glanées auprès d’anonymes sont enfouies dans de la terre pour y être sculptées pendant plusieurs semaines. Le contexte humide favorise la décomposition altérant ces films argentiques. De ce processus soustractif, les supports de mémoire apparaissent métamorphosés et révèlent les quatre composantes des sols : la matière organique, l’eau, l’air et les minéraux.
Un lien apparaît entre le caractère éphémère des paysages qui y étaient photographiés et le support en décomposition, devenant aussi évolutif que le paysage lui-même. Les éléments chimiques polluants fusionnent avec la matière organique des sols jusqu’à ne plus distinguer le naturel de l’artificiel. Ce processus irréversible est semblable à la mémoire dont une part nous semble réelle et une autre fictive, faite de plusieurs souvenirs enfouis qui s'entremêlent et s'effacent. Sur ces vestiges industriels retournés à la terre se développent du mycélium, un champignon présent dans le sol, recouvrant les supports photosensibles en décomposition.
Iridescences
(2022)
01.
02.
03.
04.
05.
06.
07.






Mémoire de L’île d’Her
(2022)
01.
02.
03.
04.
05.
.
.




Ce triptyque s’inscrit dans la continuité de la série L’île d’Her. Celle-ci constituait un ensemble d’images capturées au cours de la transformation de supports photosensibles érodés par le temps.
De nouvelles images de souvenirs plus anciens réapparaissent. Elles évoquent l’environnement marin dans lequel les souvenirs de L’île d’Her ont été oubliés. Ces abstractions bleues refont surface dans leur dernier état visible avant d’être effacées de notre mémoire. Les souvenirs étant déjà présents en nous, ils resurgissent involontairement ou par déclenchement extérieur des sens. Ils sont façonnés à chaque passage entre la surface de notre mémoire et les profondeurs de l’océan.
Ces réminiscences apparaissent alors sous une forme altérée depuis la première fois où l’on s’en est souvenu. En remontant à la surface, les images figent un instant de notre mémoire. Hors de l’eau, elles se cristallisent et deviennent tangibles. L’eau contenue dans la matière s’évapore et laisse apparaître le sel de mer. Ce triptyque ouvre un espace méditatif sur le temps et son façonnement sur notre mémoire.
Vestiges
(2021)
01.
02.
03.
.
.
.
.



La série Vestiges est née de la découverte de pellicules argentiques non développées lors de l’achat d’appareils photographiques d’occasion. Les boîtiers, acquis auprès d’une femme âgée, avaient appartenu à son mari aujourd’hui disparu, laissant subsister dans ces appareils les traces silencieuses d’un regard passé. Restées pendant des décennies dans ces appareils et conservées dans un grenier, les pellicules ont traversé le temps, soumises aux variations de chaleur et d’humidité. Moisissures et oxydations ont progressivement altéré leurs émulsions. Ce qui subsiste aujourd’hui n’est pas tant une image que la trace d’un processus d’altération.
En ouvrant les appareils et en extrayant ces films à la lumière du jour, l’image latente qu’ils contenaient, pourtant inscrite par un geste photographique passé, a été définitivement annulée. La révélation tardive ne fait pas surgir des photographies intactes mais des surfaces érodées, instables, marquées par le temps. L’argent n’y dessine plus clairement des formes reconnaissables. Il se dissout, se déplace, se fragmente. L’image devient matière. Ce qui apparaît n’est pas ce qui a été photographié, mais ce qui est arrivé au film pendant son attente.
Le regard à l’origine de ces images a existé mais il n’a jamais été confirmé par le développement. Il demeure hypothétique, incomplet, irrécupérable. Vestiges interroge la photographie non comme un outil de conservation du réel, mais comme une matière vulnérable au temps, soumise à sa propre disparition. Ces images ne se lisent plus comme des documents mais comme des ruines, des fragments où persistent les traces d’un regard disparu.
Seascapes
(2021)
01.
02.
.
.
.
.
.


Ces images s'apparentent à des prises de vues satellites du littoral. Elles émanent de pellicules vierges sculptées dans des liquides corrosifs. Originellement destinée à capter le réel, l’émulsion photosensible est ici travaillée par un procédé soustractif autonome. Les résultats donnent à voir une cartographie imaginaire entre ciel et mer.
L’île d’Her
(2021)
01.
02.
03.
04.
05.
06.
07.







Lieu de mémoire et métaphore du souvenir, L’île d’Her est née d’une réflexion sur l’impact du temps sur nos perceptions du monde. Agent d’érosion, le temps marque toute chose de son empreinte et nous en laisse une perception trouble. Plus il s’étire, plus les souvenirs deviennent insaisissables et inaccessibles, en raison même du fait qu’il les modifie, et altère leurs formes. Il en érode la matière, comme allié aux éléments naturels marins, il sculpte le paysage de l’île. La mémoire apparaît dès lors comme un organisme vivant, une matière en perpétuel mouvement, sans cesse soumise à des métamorphoses.
Auto-produites par des films argentiques anciens, les images ici révélées résultent du même processus vital et naturel. Leurs agents chimiques constitutifs, lors de leur lente décomposition, ont produit au fil de dizaines d’années, des agencements de couleurs et de textures abstraites, mais qui curieusement, évoquent l’invisible mouvement organique des choses. Un mouvement imperceptible car il est celui du temps long, des formes indéterminées parce qu’en perpétuelles mutations.
Bien plus que le reflet d’images mentales, elles sont la mise en lumière de ce qui continue à être en dehors de notre perception du temps et de notre champ de vision : une vie autonome de la matière. Plutôt que de traduire un sentiment de perte, elles suscitent une forme de contemplation face à la révélation poétique de l’invisible et de l’éphémère.
FERMER
Benoît Lefeuvre

Benoît vit et travaille à Paris.
WEBSITE
DÉMARCHE
Benoît Lefeuvre collecte des matériaux photographiques à l’état d’obsolescence ou d’abandon. Ce glanage constitue le point de départ d’une requalification lente, menée à travers des opérations d’enfouissement, de détrempage et d’imprégnation. En associant des supports argentiques à la terre et à l’eau, il met en relation phénomènes naturels et processus photographiques : érosion, corrosion de l’iode et variations lumière interagissent avec la chimie des supports immergés ou ensevelis.
Le processus intègre des perturbations invisibles et partiellement contrôlées. Les altérations de la gélatine, précipités de colorants et proliférations organiques génèrent des formes instables, qui, une fois révélées, évoquent autant les cycles naturels que les mécanismes de la mémoire. À la manière de souvenirs enfouis puis réactivés, le support photographique laisse apparaître ses strates physiques et temporelles.
Les séries et installations de Benoît Lefeuvre maintiennent ainsi une tension entre désorganisation et création, contamination et régénération, mémoire et oubli. Elles mobilisent une écologie de la photographie où ressources naturelles et processus chimiques participent d’une même dynamique de mutation.
BIOGRAPHIE
Benoît Lefeuvre est un artiste plasticien autodidacte vivant et travaillant à Paris. Ses premières recherches en photographie expérimentale émergent durant ses études en design graphique, où il développe une réflexion centrée sur la mémoire et l’érosion du temps.
En 2021, il affirme sa démarche avec L’île d’Her, sa première exposition personnelle à la Galerie Aiguillage des Frigos de Paris, présentée également en extérieur à Dinard en 2022. Son travail est ensuite distingué lors de plusieurs prix d’art contemporain, notamment le Don Papa Art Program (2022) et le Prix ICART Artistik Rezo (2023).
En 2023, il présente Inventaire, une exposition personnelle réunissant cinquante œuvres dans un cabinet d’avocats parisien, et participe au festival d’arts et sciences Atmosphères avec Rhizomes, émergences de paysages. La même année, il est invité à une exposition collective à Richmond (États-Unis).
En 2024, il expose en duoshow à la Galerie du Crous et participe au salon Approche, dédié aux pratiques photographiques expérimentales avec la Galerie Porte B.
En 2025, il prend part à l’exposition collective Terres d’artistes à l’Espace Art Absolument, réunissant trois générations d’artistes autour de la terre comme matière et mémoire, aux côtés notamment de Jean Dubuffet, herman de vries et Richard Long.
Il fonde également le collectif EeZ0 avec quatre artistes aux approches photographiques expérimentales. Après une première exposition sur l’Île-Saint-Denis à l’été 2025, puis une seconde à la Galerie Porte B en 2026, le collectif est actuellement en résidence à La Capsule au Bourget, avec une exposition de restitution prévue à l’automne 2026.
TRAVAUX SÉLECTIONNÉS
Rooted
(2024 - 2025)
01.
02.


03.
04.


05.
06.


07.
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La série Rooted est réalisée à partir d’images vernaculaires de paysages et de détails forestiers, glanées auprès d’anonymes sur internet. Elle met en relation la revalorisation de négatifs argentiques oubliés, et le fonctionnement de notre mémoire qui enfouit nos souvenirs au fil du temps, comme les racines des arbres et des champignons dans le sol.
Le choix d’un support en mycélium, partie souterraine des champignons, renforce cette exploration du souvenir en tant que processus organique. Un lien se tisse entre la forêt photographiée et la matière fongique aux fondations de celle-ci. Cette toile vivante de filaments blancs souterrains, souvent associée aux mystères des sous-bois, joue un rôle crucial dans l'équilibre de la forêt, où le mycélium noue des connexions subtiles entre les arbres, les plantes et le sol. Dans cet écosystème, il agit comme agent de décomposition, recyclant la matière organique morte et régénérant les nutriments essentiels pour la croissance des arbres.
Le mycélium est ici cultivé pour former un matériau composite à partir de copeaux de chanvre. Les panneaux sont ensuite séchés afin d'interrompre la croissance du champignon, fixant ainsi les propriétés durables, résistantes et écologiques du matériau. La gravure laser des photographies se fond dans l’irrégularité de la matière, et semble révéler des instants cachés sous sa surface. En se réappropriant des images oubliées issues d’archives anonymes, cette série leur donne une existence tangible, mettant en lumière leur nouvelle éclosion sous une forme organique et vivante.
Erosion
(2023)
01.
02.


03.
04.


05.
06.


Les sols constituent un élément vital de notre écosystème terrestre. Il y a en permanence, évolution et transformation de sa structure induisant des transferts de matière. Cependant, ces dernières décennies, la somme des activités humaines menace leur équilibre et accélère l'érosion des sols, facilitant l’infiltration des polluants. Cette pollution découle de multiples sources telles que les déchets industriels, les pesticides agricoles, les hydrocarbures et les métaux lourds. Ces contaminants persistent dans le sol entraînant des conséquences à long terme.
Ce projet met en exergue la pollution affectant la capacité régénératrice du sol qui accélère l'érosion, créant un cercle vicieux de détérioration environnementale. L’installation est présentée comme un site de recherche, composé de relevés d’empreintes du sol. Elles évoquent l’infiltration invisible des polluants sous terre, l’amalgame entre les composants du sol, là où tout élément semble influencer l’autre. Les matières organiques et les liquides artificiels se mélangent faisant écho à un imaginaire de la pollution chimique iridescente. Paradoxalement, une fois ces couleurs figées par la capture, les images pourraient aussi évoquer des coupes de roches.
Les fragments présentés sont issus de photographies argentiques prises dans une forêt en hiver. Aux pieds des arbres, l’appareil est dirigé vers le ciel, capturant les branches dénudées. Les négatifs sont ensuite enfouis sous terre et se métamorphosent pendant plusieurs semaines. Des motifs en rhizomes apparaissent entre l’altération de la chimie du film, les branches nues et les filaments blancs du mycélium. Ce réseau sous-terrain, racines des champignons, joue un rôle crucial dans la stabilité des sols face à l'érosion. En formant cet enchevêtrement, il contribue à maintenir son intégrité.
D’autre part, une propriété spécifique du mycélium a été découverte par le mycologue Paul Stamets sur sa capacité à détoxifier certains polluants contenus dans le sol. Des recherches se poursuivent pour imaginer comment ce réseau organique pourrait nous servir pour de futurs usages à grande échelle. Ce processus résilient donne à voir une des capacité régénératrice intrinsèque à la nature face à l’impact de nos modes de production.
Earthworks
(2022 - 2023)
01.
02.


03.
04.


05.
06.


07.
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Earthworks évoque la terre localement en tant que sol, et également en tant que croûte terrestre à la surface de notre planète. En contact direct avec la vie végétale et animale, le sol est un support de vie, de mort et de transformation des matières organiques et minérales. Il se compose aussi de plusieurs couches, stockant des informations du passé, qu’elles soient humaines, environnementales ou liées aux autres êtres vivants.
Earthworks fait autrement référence au terme défini par Robert Smithson dans les années 60 pour désigner les installations en pleine nature utilisant la terre comme matériau principal. La photographie était le seul médium pour conserver une trace de ces œuvres éphémères in situ. Dans cette série, la photographie devient le support de création car la transformation n’a pas lieu dans le paysage mais sur le support photosensible lui-même. Des pellicules glanées auprès d’anonymes sont enfouies dans de la terre pour y être sculptées pendant plusieurs semaines. Le contexte humide favorise la décomposition altérant ces films argentiques. De ce processus soustractif, les supports de mémoire apparaissent métamorphosés et révèlent les quatre composantes des sols : la matière organique, l’eau, l’air et les minéraux.
Un lien apparaît entre le caractère éphémère des paysages qui y étaient photographiés et le support en décomposition, devenant aussi évolutif que le paysage lui-même. Les éléments chimiques polluants fusionnent avec la matière organique des sols jusqu’à ne plus distinguer le naturel de l’artificiel. Ce processus irréversible est semblable à la mémoire dont une part nous semble réelle et une autre fictive, faite de plusieurs souvenirs enfouis qui s'entremêlent et s'effacent. Sur ces vestiges industriels retournés à la terre se développent du mycélium, un champignon présent dans le sol, recouvrant les supports photosensibles en décomposition.
Iridescences
(2022)
01.
02.

03.
04.


05.
06.


07.
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Mémoire de L’île d’Her
(2022)
01.
02.


03.
04.

05.
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Ce triptyque s’inscrit dans la continuité de la série L’île d’Her. Celle-ci constituait un ensemble d’images capturées au cours de la transformation de supports photosensibles érodés par le temps.
De nouvelles images de souvenirs plus anciens réapparaissent. Elles évoquent l’environnement marin dans lequel les souvenirs de L’île d’Her ont été oubliés. Ces abstractions bleues refont surface dans leur dernier état visible avant d’être effacées de notre mémoire. Les souvenirs étant déjà présents en nous, ils resurgissent involontairement ou par déclenchement extérieur des sens. Ils sont façonnés à chaque passage entre la surface de notre mémoire et les profondeurs de l’océan.
Ces réminiscences apparaissent alors sous une forme altérée depuis la première fois où l’on s’en est souvenu. En remontant à la surface, les images figent un instant de notre mémoire. Hors de l’eau, elles se cristallisent et deviennent tangibles. L’eau contenue dans la matière s’évapore et laisse apparaître le sel de mer. Ce triptyque ouvre un espace méditatif sur le temps et son façonnement sur notre mémoire.
Vestiges
(2021)
01.
02.


03.
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La série Vestiges est née de la découverte de pellicules argentiques non développées lors de l’achat d’appareils photographiques d’occasion. Les boîtiers, acquis auprès d’une femme âgée, avaient appartenu à son mari aujourd’hui disparu, laissant subsister dans ces appareils les traces silencieuses d’un regard passé. Restées pendant des décennies dans ces appareils et conservées dans un grenier, les pellicules ont traversé le temps, soumises aux variations de chaleur et d’humidité. Moisissures et oxydations ont progressivement altéré leurs émulsions. Ce qui subsiste aujourd’hui n’est pas tant une image que la trace d’un processus d’altération.
En ouvrant les appareils et en extrayant ces films à la lumière du jour, l’image latente qu’ils contenaient, pourtant inscrite par un geste photographique passé, a été définitivement annulée. La révélation tardive ne fait pas surgir des photographies intactes mais des surfaces érodées, instables, marquées par le temps. L’argent n’y dessine plus clairement des formes reconnaissables. Il se dissout, se déplace, se fragmente. L’image devient matière. Ce qui apparaît n’est pas ce qui a été photographié, mais ce qui est arrivé au film pendant son attente.
Le regard à l’origine de ces images a existé mais il n’a jamais été confirmé par le développement. Il demeure hypothétique, incomplet, irrécupérable. Vestiges interroge la photographie non comme un outil de conservation du réel, mais comme une matière vulnérable au temps, soumise à sa propre disparition. Ces images ne se lisent plus comme des documents mais comme des ruines, des fragments où persistent les traces d’un regard disparu.
Seascapes
(2021)
01.
02.


Ces images s'apparentent à des prises de vues satellites du littoral. Elles émanent de pellicules vierges sculptées dans des liquides corrosifs. Originellement destinée à capter le réel, l’émulsion photosensible est ici travaillée par un procédé soustractif autonome. Les résultats donnent à voir une cartographie imaginaire entre ciel et mer.
L’île d’Her
(2021)
01.
02.


03.
04.


05.
06.


07.
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Lieu de mémoire et métaphore du souvenir, L’île d’Her est née d’une réflexion sur l’impact du temps sur nos perceptions du monde. Agent d’érosion, le temps marque toute chose de son empreinte et nous en laisse une perception trouble. Plus il s’étire, plus les souvenirs deviennent insaisissables et inaccessibles, en raison même du fait qu’il les modifie, et altère leurs formes. Il en érode la matière, comme allié aux éléments naturels marins, il sculpte le paysage de l’île. La mémoire apparaît dès lors comme un organisme vivant, une matière en perpétuel mouvement, sans cesse soumise à des métamorphoses.
Auto-produites par des films argentiques anciens, les images ici révélées résultent du même processus vital et naturel. Leurs agents chimiques constitutifs, lors de leur lente décomposition, ont produit au fil de dizaines d’années, des agencements de couleurs et de textures abstraites, mais qui curieusement, évoquent l’invisible mouvement organique des choses. Un mouvement imperceptible car il est celui du temps long, des formes indéterminées parce qu’en perpétuelles mutations.
Bien plus que le reflet d’images mentales, elles sont la mise en lumière de ce qui continue à être en dehors de notre perception du temps et de notre champ de vision : une vie autonome de la matière. Plutôt que de traduire un sentiment de perte, elles suscitent une forme de contemplation face à la révélation poétique de l’invisible et de l’éphémère.