FERMER
Julie Laporte

Julie vit à Chelles et travaille à Neuilly-sur-Marne.
WEBSITE
DÉMARCHE
Je vis avec des fantômes. Apparitions hallucinées qui me hantent, murmurent, et me poussent à l'accident. Et par leurs mots, c'est moi qui résonne. Le noir, les odeurs de chimie et les papiers déchirés. Parcelles de matière destinées à l'oubli. Du déchet, inévitable, en quantité. De l'image pourtant. Des sels d'argent, en attente ou déjà révélés. Une matière fascinante, vivante, que je refuse de laisser pour morte. Alors je la transforme, je la sauve et je me surprends.
À l'ère de l'urgence écologique, la quantité de rebuts dans la pratique photographique argentique pose question. Que faire de ces fragments rejetés et pourtant nécessaires au flux du processus créatif ? Mon travail plastique se trame en chambre noire, mon quotidien depuis huit ans, en détournant les débris, restes et morceaux inutilisables de supports photographiques. Grâce à des opérations lumineuses, optiques ou encore chimiques, ces artefacts me poussent à explorer une photographie à contre-courant.
La malléabilité du médium argentique permet d'innombrables mutations de son support. Par leur mise en volume, les dépouilles de ces surfaces quasi charnelles se transforment: peaux après peaux, elles muent, s'épuisent et laissent apparaitre leurs turbulences intérieures. Privilégiant la matérialité de la photographie plutôt que sa représentativité, ces peaux mutantes résistent à leur statut de rebuts et insinuent un intérieur qui les façonne. L'ensemble de ce travail s'inscrit dans le concept d'afterglow, cette persistance vibrante des matières et des vestiges après la disparition de leur fonction ou de leur récit initial. Dans cet espace d'ontologie plate, chaque élément possède une logique propre et participe activement à la recomposition d'un monde. Mon travail propose ainsi une vision sensible et résiliente d'un « après », où l'altération et la transformation deviennent les forces créatrices du vivant. Faire peau neuve et se reconstruire sur les ruines du sensible.
BIOGRAPHIE
Julie Laporte développe une pratique située aux confins du médium photographique, là où celui-ci se détache de ses fonctions figuratives pour devenir une matière en transformation.
Prix du tirage Collection Bachelot 2022 et fondatrice d’un laboratoire qu’elle anime quotidiennement, elle puise dans cet espace les matériaux et les gestes qui nourrissent son œuvre. Plutôt que de produire des images, elle recueille rebuts, résidus, papiers altérés et échecs techniques qu’elle érige en fondements d’un langage plastique. Sans appareil et sans sujet, son travail déplace la photographie vers le champ élargi de la sculpture.
L’artiste interroge la photographie à l’heure de la raréfaction des matériaux, de l’héritage toxique des procédés et de la domination du numérique. Elle propose une résistance silencieuse du médium à sa propre obsolescence, en révélant ce qu’il laisse, transforme et engage. La ruine devient un espace de renouvellement, où les plis et les failles du processus photographique ouvrent de nouvelles voies de contemplation.
TRAVAUX SÉLECTIONNÉS
Chymères
01.
02.
03.
04.
05.
06.
.






Chymères s’inscrit dans une réflexion sur l’écologie du médium photographique à travers ses matières, ses déchets et ses transformations.
Loin de l’image stable et maîtrisée, l’installation révèle un médium en mouvement, fragile et traversé par le temps et les échecs.
Inspirée par le chyme, matière intermédiaire issue de la digestion, je m’intéresse à ce qui, dans la photographie, résiste au geste : les rebuts, les altérations et les résidus.
Les volumes en pâte à papier, fabriqués à partir de déchets photographiques, deviennent membranes, croûtes ou organes précaires. Traversés d’épingles d’entomologie, ils conservent la trace du laboratoire, les gestes du tirage et les accidents de la matière. Entre ruine et réparation, ils incarnent une photographie en train de se régénérer.
En écho, de grands lumens prints - tirages réalisés sans appareil photo, simplement par contact avec la lumière - se déploient comme des peaux sensibles. Déchirés, tachés et instables, ils se marquent du passage du temps et de la lumière, révélant une photographie vivante, qui cicatrise plutôt qu’elle ne s’éteint.
Chymères compose ainsi un écosystème en acte, où les frontières entre le corps, le papier et l’environnement se dissolvent. Les déchets photographiques, vestiges d’anciens récits, s’unissent au vivant et deviennent enveloppes, excroissances ou formes suspendues.
Dans ce cycle, la matière se comporte comme un organisme : elle échange, digère, se répare ; la photographie n’est plus l’empreinte d’un instant, mais un être traversé par la vie.
De cette transformation naît une lumière persistante, un afterglow. Non pas la lumière du déclin, mais celle des lucioles : une survivance fragile, un éclat intermittent qui continue de vibrer dans les ruines du médium.
Chymères fait de cette persistance le témoignage d’images qui, même défaites, continuent de respirer.
AfterGlow
01.
02.
03.
04.
05.
.
.





L’afterglow, cette lueur tardive qui subsiste après la disparition de la source lumineuse, permet d’interroger ce qui, dans le médium photographique, demeure lorsque l’image s’est retirée. Dans cet intervalle, la photographie apparait comme un territoire de survivances matérielles et l’afterglow propose une manière de penser un état photographique où la lumière opère comme force persistante, inscrivant dans la matière les conditions mêmes de son passage.
Le recours au lumenprint s’inscrit dans cette logique de déplacement. En récoltant des fragments de papier baryté périmés, voilés ou abandonnés, je porte une attention à la puissance résiduelle de la matière photosensible. Ces papiers, conçus pour accueillir l’image argentique en noir et blanc, manifestent encore une réactivité inattendue : ils se colorent et se voilent de tons pastel au contact du soleil. Loin de la logique de maîtrise qui a longtemps traversé l’histoire du médium, ces surfaces témoignent d’une photographie qui continue de s’écrire sans auteur, selon les modalités de la lumière qui brûle les sels.
Le lumenprint ouvre un champ d’expérimentations où la photographie se donne comme phénomène plutôt que comme représentation. Ce qui affleure sur ces papiers c’est le temps d’une exposition lente, d’un retrait progressif et d’un dialogue entre lumière et matière mise en volume. L’image devient ainsi rémanence, non plus signe du monde, mais trace du processus qui l’a générée.
La lueur résiduelle qui traverse ces papiers relève une temporalité infra-visible, où la photographie retrouve ses conditions d’existence. Ces surfaces marquées par les excès de lumière révèlent une mémoire photographique qui travaille silencieusement dans les restes du médium.
Ainsi, Afterglow fait apparaître une photographie qui n’est plus à proprement parler image, mais survivance. Dans cette lueur se dessine la capacité de la photographie à persister malgré l’échec, comme si le médium trouvait dans ses résidus et ses altérations une nouvelle forme de vitalité. Ce qui demeure alors n’est pas la représentation, mais une présence ténue, qui rappelle que la lumière ne disparaît jamais tout à fait.
Long Live New Flesh
01.
02.
03.
04.
05.
06.
.






Cette série propose une relecture contemporaine du médium photographique en s’affranchissant de sa fonction conventionnelle de représentation. Les œuvres présentées explorent la photographie en tant que matière, à la croisée de l’image, de la sculpture et de l’installation. À travers une série de pièces abstraites, souvent tridimensionnelles, j’interroge la matérialité de la lumière, la mémoire des surfaces photosensibles et le potentiel tactile du papier photographique.
Issus de processus argentiques expérimentaux, ces travaux sont réalisés sans recours à l’image figurative produite par appareil. Les gestes du laboratoire - peinture lumineuse, manipulations, pliages, distorsions - deviennent les véritables outils de création. Il en résulte une série d’objets photographiques : tirages mis en forme, papiers photos courbés ou tendus, effets cinétiques, jeux de superpositions et de reflets. Chaque pièce fonctionne comme une forme autonome, où la lumière devient à la fois sujet et agent de transformation.
Au cœur de cette démarche se trouve la notion de peau photographique : la surface est traitée comme une membrane vivante et réactive, sujette à la mutation, à l’empreinte et à la mémoire. Les œuvres évoquent des peaux en tension et des des surfaces en transition, archives visuelles instables, le Cibachrome étant un procédé aujourd’hui disparu.
Par une scénographie épurée et précise, la série met en valeur la dimension sculpturale de ces images modulables, maintenues uniquement par la force d’un jeu d’aimants, tout en respectant leur fragilité. Elle ouvre un espace de contemplation autour de la rémanence de la lumière et de la lente disparition des techniques photographiques argentiques aujourd’hui.
En réactivant les rebuts et déchets issus du laboratoire photographique, je propose également une réflexion sur les cycles de transformation, sur ce qui persiste, et sur le potentiel poétique de la dégradation et du renouveau. Ce travail est à la fois une recherche plastique, une archéologie visuelle et un geste de résilience du médium photographique. J’invite le regardeur à entrer dans une matière sensible, changeante et incertaine, comme une mémoire à vif qui refuserait de s’éteindre.
Flux
01.
02.
03.
.
.
.
.



Cette série explore les marges du geste photographique, là où les erreurs techniques, les dérèglements chimiques et les accidents mécaniques deviennent matière première. Ces images ne sont pas construites, elles sont révélées dans un va-et-vient entre maîtrise et abandon. Loin de chercher à dissimuler les dysfonctionnements du laboratoire, ce travail les met en lumière : les rebuts deviennent archives, les coulées des écritures, et les strates oxydées des palimpsestes d’un récit spectral.
Le flux désigne ici un mouvement permanent, celui des liquides chimiques, du temps étiré du développement, mais aussi celui de la pensée qui glisse entre abstraction et mémoire matérielle. Les surfaces photographiques deviennent les témoins d’une pratique où la photographie ne documente plus, mais performe. Elle parle, s’exprime, se trouble. Et moi, je n’interviens qu’en écho : j’accentue les altérations, je prolonge les détériorations, j’exagère les résidus.
Ces chutes racontent une photographie qui ne cherche plus l’image, mais sa propre présence. Ils incarnent une esthétique de la sur-dégradation, où l’accident, loin d’être un défaut, devient le cœur de la démarche. Un théâtre des apparitions, où chaque trace, chaque tache, chaque effacement est une voix du processus en train de se faire.
Prismes
01.
02.
03.
04.
.
.
.




Dans cette série intitulée Prismes, j’explore les potentialités sculpturales de la photographie en m’appuyant sur une matière première inattendue : les déchets issus du laboratoire argentique. Restes de tirages, fragments de papiers photosensibles, bouts de Cibachrome… Ces éléments, voués à l’oubli, deviennent les matériaux d’un langage plastique.
Par l’usage du photogramme, empreinte directe, trace lumineuse d’un objet sur la surface sensible du papier, ces résidus ce chargent d’une nouvelle forme de présence. Le papier effleuré devient mémoire et les débris se réincarnent. En les pliant et en les manipulant, je façonne des volumes troublants, jouant sur les différentes couches de translucidité et les effets optiques induits par la lumière traversante. Ces gestes simples, quasi chorégraphiques, donnent naissance à des formes abstraites et silencieuses, à la fois géométriques et organiques.
Certaines compositions intègrent des morceaux de Cibachrome, dont la brillance et les couleurs accentuent l’illusion du relief. Le rebut devient fragment fossile ou cristal en formation, une sculpture suspendue dans le noir en tension entre matière et lumière.
Avec cette série, je poursuis une réflexion sur la mémoire des matériaux photographiques, sur leur pouvoir d’apparition et de mutation. Je questionne la matérialité de l’image, son autonomie, et sa capacité à exister au-delà de toute référence au réel. Prismes est une œuvre du surgissement : une image qui naît des marges, de la perte, et qui révèle la magie enfouie dans ses creux.
Intermittences
01.
02.
03.
.
.
.
.



Émulsionné manuellement, puis plié selon une matrice rigoureuse, le papier photographique devient à la fois surface sensible et volume sculptural. Les manipulations opérées révèlent des cicatrices, des tensions internes où la matière semble porter la mémoire de son altération. La photographie ne se limite plus à représenter : elle devient un territoire plastique, une construction en constante transformation.
Le pli, en tant que geste structurant, crée des failles (du latin fallere, "tromper", "faire défaut« ) des zones d’ombre et de lumière où les détails s’évanouissent, altérant la perception et rendant instable toute tentative de lecture.
L’image initiale se fragmente, se décompose, appelant à être recomposée. Cette dynamique produit un réseau labyrinthique, où l’aléatoire et l’ordre cohabitent dans une tension fertile.
À travers ce processus, la photographie se fractalise. Les motifs, bien que dissemblables, renvoient les uns aux autres dans une équivalence mouvante. Chaque fragment, tout en étant unique, contient la résonance du tout.
L'œuvre interroge ainsi notre rapport à la vision, à la mémoire de l’image, et aux formes de narration visuelle qu’autorise la matière même de la photographie.
FERMER
Julie Laporte

Julie vit à Chelles et travaille à Neuilly-sur-Marne.
WEBSITE
DÉMARCHE
Je vis avec des fantômes. Apparitions hallucinées qui me hantent, murmurent, et me poussent à l'accident. Et par leurs mots, c'est moi qui résonne. Le noir, les odeurs de chimie et les papiers déchirés. Parcelles de matière destinées à l'oubli. Du déchet, inévitable, en quantité. De l'image pourtant. Des sels d'argent, en attente ou déjà révélés. Une matière fascinante, vivante, que je refuse de laisser pour morte. Alors je la transforme, je la sauve et je me surprends.
À l'ère de l'urgence écologique, la quantité de rebuts dans la pratique photographique argentique pose question. Que faire de ces fragments rejetés et pourtant nécessaires au flux du processus créatif ? Mon travail plastique se trame en chambre noire, mon quotidien depuis huit ans, en détournant les débris, restes et morceaux inutilisables de supports photographiques. Grâce à des opérations lumineuses, optiques ou encore chimiques, ces artefacts me poussent à explorer une photographie à contre-courant.
La malléabilité du médium argentique permet d'innombrables mutations de son support. Par leur mise en volume, les dépouilles de ces surfaces quasi charnelles se transforment: peaux après peaux, elles muent, s'épuisent et laissent apparaitre leurs turbulences intérieures. Privilégiant la matérialité de la photographie plutôt que sa représentativité, ces peaux mutantes résistent à leur statut de rebuts et insinuent un intérieur qui les façonne. L'ensemble de ce travail s'inscrit dans le concept d'afterglow, cette persistance vibrante des matières et des vestiges après la disparition de leur fonction ou de leur récit initial. Dans cet espace d'ontologie plate, chaque élément possède une logique propre et participe activement à la recomposition d'un monde. Mon travail propose ainsi une vision sensible et résiliente d'un « après », où l'altération et la transformation deviennent les forces créatrices du vivant. Faire peau neuve et se reconstruire sur les ruines du sensible.
BIOGRAPHIE
Julie Laporte développe une pratique située aux confins du médium photographique, là où celui-ci se détache de ses fonctions figuratives pour devenir une matière en transformation.
Prix du tirage Collection Bachelot 2022 et fondatrice d’un laboratoire qu’elle anime quotidiennement, elle puise dans cet espace les matériaux et les gestes qui nourrissent son œuvre. Plutôt que de produire des images, elle recueille rebuts, résidus, papiers altérés et échecs techniques qu’elle érige en fondements d’un langage plastique. Sans appareil et sans sujet, son travail déplace la photographie vers le champ élargi de la sculpture.
L’artiste interroge la photographie à l’heure de la raréfaction des matériaux, de l’héritage toxique des procédés et de la domination du numérique. Elle propose une résistance silencieuse du médium à sa propre obsolescence, en révélant ce qu’il laisse, transforme et engage. La ruine devient un espace de renouvellement, où les plis et les failles du processus photographique ouvrent de nouvelles voies de contemplation.
TRAVAUX SÉLECTIONNÉS
Chymères
01.
02.


03.
04.


05.
06.


Chymères s’inscrit dans une réflexion sur l’écologie du médium photographique à travers ses matières, ses déchets et ses transformations.
Loin de l’image stable et maîtrisée, l’installation révèle un médium en mouvement, fragile et traversé par le temps et les échecs.
Inspirée par le chyme, matière intermédiaire issue de la digestion, je m’intéresse à ce qui, dans la photographie, résiste au geste : les rebuts, les altérations et les résidus.
Les volumes en pâte à papier, fabriqués à partir de déchets photographiques, deviennent membranes, croûtes ou organes précaires. Traversés d’épingles d’entomologie, ils conservent la trace du laboratoire, les gestes du tirage et les accidents de la matière. Entre ruine et réparation, ils incarnent une photographie en train de se régénérer.
En écho, de grands lumens prints - tirages réalisés sans appareil photo, simplement par contact avec la lumière - se déploient comme des peaux sensibles. Déchirés, tachés et instables, ils se marquent du passage du temps et de la lumière, révélant une photographie vivante, qui cicatrise plutôt qu’elle ne s’éteint.
Chymères compose ainsi un écosystème en acte, où les frontières entre le corps, le papier et l’environnement se dissolvent. Les déchets photographiques, vestiges d’anciens récits, s’unissent au vivant et deviennent enveloppes, excroissances ou formes suspendues.
Dans ce cycle, la matière se comporte comme un organisme : elle échange, digère, se répare ; la photographie n’est plus l’empreinte d’un instant, mais un être traversé par la vie.
De cette transformation naît une lumière persistante, un afterglow. Non pas la lumière du déclin, mais celle des lucioles : une survivance fragile, un éclat intermittent qui continue de vibrer dans les ruines du médium.
Chymères fait de cette persistance le témoignage d’images qui, même défaites, continuent de respirer.
AfterGlow
01.
02.


03.
04.


05.
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L’afterglow, cette lueur tardive qui subsiste après la disparition de la source lumineuse, permet d’interroger ce qui, dans le médium photographique, demeure lorsque l’image s’est retirée. Dans cet intervalle, la photographie apparait comme un territoire de survivances matérielles et l’afterglow propose une manière de penser un état photographique où la lumière opère comme force persistante, inscrivant dans la matière les conditions mêmes de son passage.
Le recours au lumenprint s’inscrit dans cette logique de déplacement. En récoltant des fragments de papier baryté périmés, voilés ou abandonnés, je porte une attention à la puissance résiduelle de la matière photosensible. Ces papiers, conçus pour accueillir l’image argentique en noir et blanc, manifestent encore une réactivité inattendue : ils se colorent et se voilent de tons pastel au contact du soleil. Loin de la logique de maîtrise qui a longtemps traversé l’histoire du médium, ces surfaces témoignent d’une photographie qui continue de s’écrire sans auteur, selon les modalités de la lumière qui brûle les sels.
Le lumenprint ouvre un champ d’expérimentations où la photographie se donne comme phénomène plutôt que comme représentation. Ce qui affleure sur ces papiers c’est le temps d’une exposition lente, d’un retrait progressif et d’un dialogue entre lumière et matière mise en volume. L’image devient ainsi rémanence, non plus signe du monde, mais trace du processus qui l’a générée.
La lueur résiduelle qui traverse ces papiers relève une temporalité infra-visible, où la photographie retrouve ses conditions d’existence. Ces surfaces marquées par les excès de lumière révèlent une mémoire photographique qui travaille silencieusement dans les restes du médium.
Ainsi, Afterglow fait apparaître une photographie qui n’est plus à proprement parler image, mais survivance. Dans cette lueur se dessine la capacité de la photographie à persister malgré l’échec, comme si le médium trouvait dans ses résidus et ses altérations une nouvelle forme de vitalité. Ce qui demeure alors n’est pas la représentation, mais une présence ténue, qui rappelle que la lumière ne disparaît jamais tout à fait.
Long Live New Flesh
01.
02.


03.
04.


05.
06.


Cette série propose une relecture contemporaine du médium photographique en s’affranchissant de sa fonction conventionnelle de représentation. Les œuvres présentées explorent la photographie en tant que matière, à la croisée de l’image, de la sculpture et de l’installation. À travers une série de pièces abstraites, souvent tridimensionnelles, j’interroge la matérialité de la lumière, la mémoire des surfaces photosensibles et le potentiel tactile du papier photographique.
Issus de processus argentiques expérimentaux, ces travaux sont réalisés sans recours à l’image figurative produite par appareil. Les gestes du laboratoire - peinture lumineuse, manipulations, pliages, distorsions - deviennent les véritables outils de création. Il en résulte une série d’objets photographiques : tirages mis en forme, papiers photos courbés ou tendus, effets cinétiques, jeux de superpositions et de reflets. Chaque pièce fonctionne comme une forme autonome, où la lumière devient à la fois sujet et agent de transformation.
Au cœur de cette démarche se trouve la notion de peau photographique : la surface est traitée comme une membrane vivante et réactive, sujette à la mutation, à l’empreinte et à la mémoire. Les œuvres évoquent des peaux en tension et des des surfaces en transition, archives visuelles instables, le Cibachrome étant un procédé aujourd’hui disparu.
Par une scénographie épurée et précise, la série met en valeur la dimension sculpturale de ces images modulables, maintenues uniquement par la force d’un jeu d’aimants, tout en respectant leur fragilité. Elle ouvre un espace de contemplation autour de la rémanence de la lumière et de la lente disparition des techniques photographiques argentiques aujourd’hui.
En réactivant les rebuts et déchets issus du laboratoire photographique, je propose également une réflexion sur les cycles de transformation, sur ce qui persiste, et sur le potentiel poétique de la dégradation et du renouveau. Ce travail est à la fois une recherche plastique, une archéologie visuelle et un geste de résilience du médium photographique. J’invite le regardeur à entrer dans une matière sensible, changeante et incertaine, comme une mémoire à vif qui refuserait de s’éteindre.
Flux
01.
02.


03.
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Cette série explore les marges du geste photographique, là où les erreurs techniques, les dérèglements chimiques et les accidents mécaniques deviennent matière première. Ces images ne sont pas construites, elles sont révélées dans un va-et-vient entre maîtrise et abandon. Loin de chercher à dissimuler les dysfonctionnements du laboratoire, ce travail les met en lumière : les rebuts deviennent archives, les coulées des écritures, et les strates oxydées des palimpsestes d’un récit spectral.
Le flux désigne ici un mouvement permanent, celui des liquides chimiques, du temps étiré du développement, mais aussi celui de la pensée qui glisse entre abstraction et mémoire matérielle. Les surfaces photographiques deviennent les témoins d’une pratique où la photographie ne documente plus, mais performe. Elle parle, s’exprime, se trouble. Et moi, je n’interviens qu’en écho : j’accentue les altérations, je prolonge les détériorations, j’exagère les résidus.
Ces chutes racontent une photographie qui ne cherche plus l’image, mais sa propre présence. Ils incarnent une esthétique de la sur-dégradation, où l’accident, loin d’être un défaut, devient le cœur de la démarche. Un théâtre des apparitions, où chaque trace, chaque tache, chaque effacement est une voix du processus en train de se faire.
Prismes
01.
02.


03.
04.


Dans cette série intitulée Prismes, j’explore les potentialités sculpturales de la photographie en m’appuyant sur une matière première inattendue : les déchets issus du laboratoire argentique. Restes de tirages, fragments de papiers photosensibles, bouts de Cibachrome… Ces éléments, voués à l’oubli, deviennent les matériaux d’un langage plastique.
Par l’usage du photogramme, empreinte directe, trace lumineuse d’un objet sur la surface sensible du papier, ces résidus ce chargent d’une nouvelle forme de présence. Le papier effleuré devient mémoire et les débris se réincarnent. En les pliant et en les manipulant, je façonne des volumes troublants, jouant sur les différentes couches de translucidité et les effets optiques induits par la lumière traversante. Ces gestes simples, quasi chorégraphiques, donnent naissance à des formes abstraites et silencieuses, à la fois géométriques et organiques.
Certaines compositions intègrent des morceaux de Cibachrome, dont la brillance et les couleurs accentuent l’illusion du relief. Le rebut devient fragment fossile ou cristal en formation, une sculpture suspendue dans le noir en tension entre matière et lumière.
Avec cette série, je poursuis une réflexion sur la mémoire des matériaux photographiques, sur leur pouvoir d’apparition et de mutation. Je questionne la matérialité de l’image, son autonomie, et sa capacité à exister au-delà de toute référence au réel. Prismes est une œuvre du surgissement : une image qui naît des marges, de la perte, et qui révèle la magie enfouie dans ses creux.
Intermittences
01.
02.


03.
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Émulsionné manuellement, puis plié selon une matrice rigoureuse, le papier photographique devient à la fois surface sensible et volume sculptural. Les manipulations opérées révèlent des cicatrices, des tensions internes où la matière semble porter la mémoire de son altération. La photographie ne se limite plus à représenter : elle devient un territoire plastique, une construction en constante transformation.
Le pli, en tant que geste structurant, crée des failles (du latin fallere, "tromper", "faire défaut« ) des zones d’ombre et de lumière où les détails s’évanouissent, altérant la perception et rendant instable toute tentative de lecture.
L’image initiale se fragmente, se décompose, appelant à être recomposée. Cette dynamique produit un réseau labyrinthique, où l’aléatoire et l’ordre cohabitent dans une tension fertile.
À travers ce processus, la photographie se fractalise. Les motifs, bien que dissemblables, renvoient les uns aux autres dans une équivalence mouvante. Chaque fragment, tout en étant unique, contient la résonance du tout.
L'œuvre interroge ainsi notre rapport à la vision, à la mémoire de l’image, et aux formes de narration visuelle qu’autorise la matière même de la photographie.